Les frontières fantasmagoriques établies par les colons

En 2002, la Côte d’ivoire a sombré dans une terrible guerre de succession pour le titre tant convoité de chef de l’Etat. Henri Konan Bédié était baoulé[1], donc ivoirien « de souche ». Son concurrent Alassane Ouattara, dioula[2], originaire
du nord et à ce titre
suspect dans son identité.

Le président Paul Biya, est déjà d’un âge assez avancé. Comme tout.e Camerounais.e, je crains pour la crise politique, économique et sociale dans laquelle le pays pourrait être plongé après son départ.

De manière générale, dans les pays d’Afrique où plusieurs tribus coexistent, le tribalisme normalisé est présent. Pour une très grande majorité et je suis de cet avis, la cause principale de cette inimitié est la colonisation.

En se retirant de l’Afrique, les colons européens ont décidé de nos frontières. Une carte sur la table, une règle à la main, les lignes droites ont été tracées. Evidemment, en suivant les désidératas des anciens maîtres esclaves. Selon eux,
nous étions tous les mêmes. Après tout, leur descendance ne dit-elle pas encore aujourd’hui « tous les noir.es se ressemblent ».

Tous les mêmes avec un passeport couleur vert ndolé

Mon passeport Camerounais

Au Cameroun, nous avons la célèbre guerre froide entre les Bétis et les Bamilékés. Les premiers dirigeraient la vie politique du pays alors que les deuxièmes en représenteraient le poumon économique. Etant originaire de la région du Centre du Cameroun, je me souviens. A l’école primaire, il était normal de scander « Bamiléké ! Bamiléké ! L’argent va te tuer ». Je n’étais évidemment pas consciente de la portée de mes paroles, je ne les comprenais même pas lorsque je les chantais. Heureusement, j’ai grandi. J’ai compris à quel point cette chanson enfantine offrait encore de beaux jours au tribalisme.

Qui n’aime pas l’argent au Cameroun ? Les bétis sont tout aussi corrompus que les Bassas, les Bamilékés ou les Haoussas. Les Camerounais ont au moins cette négative similarité. Lorsque des organismes internationaux classent le Cameroun 25e en termes de corruption, ils ignorent singulièrement ce qu’est un Bamiléké. Du nord au sud du pays, nous avons tous le même passeport vert ndolé.


Soyez choqué.e par le tribalisme normalisé

Lorsqu’on a une image préconçue d’une personne, on a tendance à la mettre dans un box. On reproduit le schéma destructeur et suprématiste de la colonisation. Si africains subsahariens sommes incapables de nous considérer du même acabit, dans nos pays d’origine, comment pourrions-nous vaincre le racisme ?

« Sur la route des Chefferies du Cameroun »
Avril/Juillet /2022
Musée du Quai Branly

Noir.es, vous vivez en dehors de l’Afrique subsaharienne ? Vous êtes outrés par le sort qu’ont subi nos semblables il y a quelques semaines au Maroc.

Africain.es, vous passez un peu de temps sur les réseaux sociaux ? Vous êtes blessés par le scandale du restaurant Le Manko à Paris.

Si vous êtes noir.es et camerounais.es, soyez choqué.e de spéculer que les Bamilékés aiment « trop » l’argent. Soyez offusqué.e de croire que le seul objectif d’un Douala est d’aller en France. Soyez scandalisé.e  de penser que les Toupouris ne se lavent pas les mains après être allés aux toilettes.

Il est primordial, pour la génération actuelle de combattre le tribalisme de toutes ses forces. L’ Afrique doit continuer à s’élever. Les frontières ont été mal tracées, c’est un fait. Les Bétis du Cameroun, par exemple, partagent la même racine linguistique que les Fangs du Gabon. Cependant, un Fang Gabonais ne sera jamais aussi fier des lions indomptables qu’un de mes frères Bamenda.

Aller à la découverte des autres cultures

Selon moi, les voyages inter-régionaux, à l’intérieur du pays, permettront d’éradiquer les stéréotypes et les énormes préjugés qui subsistent. C’est en allant à la rencontre des autres, qu’on découvre qui ils sont réellement. Un homme sage m’avait dit : « Il y a une différence entre regarder la mer à la télévision, la regarder en face et enfin, tremper ses pieds dans ses eaux ».

Pour aimer une culture, il faut apprendre à la connaître.


1 Peuple constituant la Côte d’Ivoire à l’instar des Sanouflé, Sénoufo et Malinké

2 Autre peuple constituant la Côte d’Ivoire

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